PME : la transmission coopérative, une arme contre les fermetures
Face aux fermetures et aux rachats qui fragilisent les PME ancrées dans les territoires, la transmission sous forme coopérative constitue une réponse efficace pour préserver l’emploi, les savoir-faire et la souveraineté économique française, plaide Marie-Agnès Poussier-Winsback.
Dans chaque région, chaque département, chaque communauté de communes, il existe de belles PME familiales qui fonctionnent, maintiennent les emplois, transmettent leurs savoir-faire mais qui ne dégagent pas la rentabilité à deux chiffres que réclament certains actionnaires. Alors elles ferment, ou elles sont vendues à un fonds qui risque de les dépecer et délocaliser leur siège. C’est notre souveraineté économique et la vitalité de nos territoires qui sont en jeu.
Face à ce défi, la voie coopérative peut offrir une réponse éprouvée. Les Sociétés coopératives et participatives, les Scop, affichent un taux de pérennité à cinq ans de 79 %, contre 61 % pour les entreprises classiques. Elles ne peuvent ni faire l’objet d’une OPA, ni être délocalisées. L’actualité récente l’illustre : en octobre 2024, Bergère de France, dernière filature de laine du pays, a été reprise dans la Meuse par 57 salariés-associés, préservant ainsi 70 emplois et un savoir-faire industriel unique.
Trop souvent caricaturée à droite comme une lubie de gauche et à gauche comme une concession au marché, l’économie sociale et solidaire (ESS) est en réalité une solution pour conjuguer performance économique et ancrage territorial. Cessons de la réduire à une cause militante. C’est avant tout une réalité économique de premier plan : 21 600 entreprises, 1,1 million de salariés, 344 milliards d’euros de chiffre d’affaires cumulé selon le Panorama 2026 de Coop FR, l’organisation qui fédère l’ensemble des entreprises coopératives en France.
La France est même le premier pays coopératif au monde. Et ces entreprises ne sont pas concentrées dans la capitale : 80 % des sièges des cent premières coopératives sont implantés dans des villes moyennes ou des zones rurales. Le rapport de la Cour des comptes de septembre 2025 l’a confirmé : à poids économique comparable, l’ESS est moins soutenue par la puissance publique que l’économie conventionnelle. Renforcer ses fonds propres et adapter notre cadre fiscal créerait précisément l’effet de levier qui lui permettrait de prendre toute sa place.
Mieux informer, mieux financer, mieux fiscaliser
Le plan « Objectif Reprises » de Serge Papin mérite donc d’être complété sur ce point. Trois leviers s’imposent. Mieux informer, d’abord : intégrons la solution coopérative dans les formations dispensées par les chambres de commerce, les chambres des métiers, les chambres d’agriculture et installons un rendez-vous national annuel sur la transmission-reprise. Mieux financer, ensuite : créons un fonds national dédié, mixte public-privé, capable d’abonder les apports en capital des salariés-repreneurs, et ouvrons le « prêt transmission » de Bpifrance aux coopératives qui en sont aujourd’hui exclues. Mieux fiscaliser, enfin : portons à 600 000 euros l’abattement sur la plus-value du cédant lorsque la transmission se fait au profit d’une coopérative, à l’image de ce que le pacte Dutreil offre depuis 2003 aux transmissions familiales.
Une transmission réussie n’est pas qu’une opération financière. C’est un atelier qui poursuit son histoire, un savoir-faire qui change de main sans se perdre, un commerce de centre-bourg qui ne ferme pas. Dans ma circonscription de Seine-Maritime comme partout en France, je mesure ce que la disparition d’une PME peut faire à un bassin d’emploi. La voie coopérative n’est pas un supplément d’âme : c’est un outil éprouvé, performant, profondément ancré dans notre tradition d’économie réelle. À l’approche d’échéances décisives pour notre pays, j’ai la conviction que ce sujet, longtemps cantonné aux marges du débat économique, doit en devenir l’un des chapitres centraux. J’y prendrai toute ma part.
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