Avant la vacance parlementaire de l’été, Marie-Agnès Poussier-Winsback, députée de la 9e circonscription de Seine-Maritime et vice-présidente de l’Assemblée nationale, depuis un an, jette un regard sur sa mission, répond aux questions d’actualité et sur son engagement pendant la présidentielle de 2027. Sans détour.
Elle a exercé presque toutes les fonctions, maire (de Fécamp), présidente d’agglo, vice-présidente de la Région Normandie, ministre (de l’Économie sociale sous le gouvernement Barnier en 2024), députée (Horizons) de la 9e circonscription (Fécamp, Bolbec, Goderville) et depuis juillet 2025 elle est la 4e vice-présidente de l’Assemblée nationale. Quel est son rôle ? Quelle a été l’ambiance dans l’hémicycle ces derniers mois ? Quels sont ses engagements ?
Alors, les députés sont bientôt en vacances ?
« Pas tout de suite. Le vendredi 24 juillet à minuit. En principe, les textes prévoient la fin de la session parlementaire le 30 juin, mais je n’ai jamais connu ça. Il y a de plus en plus de sessions extraordinaires. Ce qui signifie que nous sommes convoqués par le président de la République (https://www.paris-normandie.fr/id716943/article/2026-05-10/monsieur-le-president-aidez-moi-ces-lettres-de-detresse-qui-finissent). Il y a encore de nombreux textes à inscrire à l’ordre du jour. Il pourrait même y avoir une séance le 25 juillet, tellement il y a de sujets à voir. »
Votre fonction de vice-présidente sera également en pause. Rappelez-nous en quoi cela consiste ?
« La présidente ou le président de l’Assemblée ne peut pas présider toutes les séances. Vous imaginez bien que la présidente (Yaël Braun-Pivet), le troisième personnage de l’État (https://www.paris-normandie.fr/id631314/article/2025-05-16/yael-braun-pivet-presidente-de-lassemblee-nationale-en-v), qui reçoit aussi des personnalités, qui doit honorer un certain nombre de rendez-vous, n’est pas présente à toutes les séances. Il y en a énormément, du lundi au dimanche parfois. En comptant celle des questions au gouvernement. La présidente est là pour cette séance, comme au moment des votes solennels, souvent sur des gros textes. Tout le suivi des débats, ce sont les vice-présidents. Nous sommes six en tout, représentant les différents groupes politiques, en fonction du nombre de députés. »
Pourquoi avoir accepté cette nouvelle fonction ?
« J’ai été désignée par le groupe (Horizons), avant d’être élue après le départ de Naïma Moutchou (https://www.paris-normandie.fr/id619954/article/2025-04-01/loi-anti-narcotrafic-un-combat-sous-haute-tension) (aujourd’hui ministre des Outre-mer). J’ai levé la main parce que j’aime les choses nouvelles, les nouveaux challenges. Je trouvais ça intéressant, tout en sachant que je pensais avoir quelques qualités pour y arriver. C’est-à-dire un peu de bouteille, la capacité à rester calme, à être un peu ferme aussi quand il le faut… ce qu’il faut à l’Assemblée. Et surtout, je voyais que je passais bien globalement. Vous avez des députés, ils ne disent bonjour à personne à part ceux de leur groupe. Moi, je parle à tout le monde. »
Depuis un an, quels ont été les moments forts ?
« J’arrive au moment du budget… et là c’est whaouh ! Sur le fond et la forme, il y a beaucoup d’affrontements. Sur la forme, c’est tellement long et il faut quand même avancer. Normalement, à l’Assemblée, c’est deux minutes de présentation des amendements. Et derrière, les orateurs ont deux minutes pour dire s’ils sont pour ou contre. Ce qui veut dire qu’il faut que vous repériez dans l’Assemblée les personnes. Les mains se lèvent dans tous les sens. Il faut que vous fassiez attention de ne pas toujours donner la parole à LFI (https://www.paris-normandie.fr/id703700/article/2026-03-15/en-normandie-la-france-insoumise-peine-exister-seule). Il faut jongler. Au début, ce n’était pas hyper simple. Il y a des mécaniques d’habitude à prendre qui demandent de la concentration. Et il arrive que les textes soient un peu chauds comme on dit…»
« Il me voit comme la blanche blonde qui est en train de lui couper la parole. »
C’est à dire ?
« C’est moi qui préside la séance qui porte sur le texte du 1er Mai. (https://www.paris-normandie.fr/id710780/article/2026-04-13/loi-1er-mai-quels-sont-les-commerces-qui-pourraient-faire-travailler-le) C’est électrique. Comme celle sur l’abrogation du Code noir (https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/organes/commissions permanentes/lois/actualites/adoption-de-la-proposition-de-loi-portant-abrogation-du-code-noir), récemment. Vous voyez les hypersensibilités de certains. Je ne veux pas couper la parole. Je veux proposer quelque chose à un député d’Outre-Mer. Il ne me voit pas comme la présidente. Il me voit comme la blanche blonde qui est en train de lui couper la parole. Je sens qu’il faut que je me taise, parce que cela risque de s’embraser. Il ne m’écoute pas. Il démarre et je me rends compte qu’il a 4 autres amendements. Je veux juste lui demander s’il veut présenter l’ensemble des amendements. Pour lui laisser plus de temps, justement. Et lui de me dire : « Vous osez m’interrompre, me couper la parole. » C’est irrationnel.»
Le prochain point important concernera le budget…
« Je pense qu’il n’ y aura pas de budget. Ce qui sera possible grâce à un dispositif qui existe dans notre pays, qui s’appelle la loi spéciale (https://www.paris normandie.fr/id685242/article/2025-12-27/la-loi-speciale-qui-pallie-labsence-de-budget-promulguee-au-journal-officiel). »
À moins d’un an de la présidentielle, vous n’avez pas le sentiment que les députés vont surtout gérer les affaires courantes ?
« Je n’ai pas l’impression. Le gouvernement continue à annoncer des textes. Il y a celui sur la fin de vie, sur les violences sexuelles (https://www.paris normandie.fr/id725744/article/2026-06-15/violences-sexuelles-presumees-sotteville-lagent-mis-en-cause-avait-travaille). Plus on va se rapprocher du scrutin, plus cela va être archi clivant. Plus le texte sera médiatisé et plus on sera dans la posture. »
Malgré le contexte, vous avez eu la possibilité d’avancer sur certaines thématiques ?
« J’ai beaucoup bataillé autour de l’industrie. On ne peut pas dire qu’on veut travailler notre souveraineté si on ne fait pas tout pour avoir de nouveau de l’industrie dans notre pays. Autour de ces textes-là, à chaque fois, je dépose des amendements. J’ai aussi travaillé sur le sujet de l’usurpation d’identité. C’est grâce à vous, la presse. J’ai lu l’histoire de Christian Derrey, victime d’ une usurpation d’identité (https://www.paris-normandie.fr/id629308/article/2025- 05-08/escroquerie-des-malfaiteurs-usurpent-lidentite-dun-normand-et-achetent-plus-de-3). Il reçoit au moins 5 courriers par jour dans sa boîte aux lettres concernant des paiements d’excès de vitesse qui ne le concernent pas. Heureusement, il a un peu d’argent, parce qu’on lui a prélevé jusqu’à 17 000 €. Aucun député ne s’occupe de ce sujet qui concernerait 200 000 personnes. Il n’y a pas de statut de victime. C’est honteux. Et il y a de quoi paniquer. J’en suis à 4 ou 5 questions au gouvernement. J’ai été reçue récemment au ministère de l’Intérieur et je vais être reçue à Matignon. »
« Comment faire pour qu’à l’école, tout le monde puisse être en alerte ? »
Difficile de ne pas parler de l’affaire Lyhanna, qui a suscité une vive émotion. Comment expliquez-vous que la proposition de loi, pour réorganiser le traitement des plaintes pour violences sexuelles, dorme depuis six mois dans le bureau de l’Assemblée nationale, alors que 110 députés de 8 groupes politiques ont travaillé ce texte en proposant 78 mesures ?
« Parce qu’il y a de nombreux textes ! »
Mais, les violences sexuelles c’est important …
« Tous les textes sont importants. La fin de vie, l’urgence agricole, ce n’est pas rien. Le calendrier législatif est hyper contraint. Tous les jours, il y a des propositions de loi qui sortent. C’est l’embouteillage parlementaire. Tous les jours, des propositions ne sont pas inscrites. Regardez, ça fait combien de temps qu ’on attend le retour de la loi à l’Assemblée sur la fast fashion ? Cette proposition de loi sur les violences sexuelles avait été faite parce qu ’il y avait déjà eu un cas. Ici, les députés se retrouvent évidemment dans l’émotion. Plein de gamins ont été tués par des dingues (https://www.paris-normandie.fr/id725439/article/2026-06-14/des-lundis-pour-lhyanna-et-pour-que-ca-change?utm_term=nonli&utm_campaign=page_pn&utm_medium=s), de cette manière ces dernières années. Ces affaires n’avaient jamais suscité une telle émotion. Là, c’est la fois de trop. C‘est l’accumulation de beaucoup, beaucoup de choses.
Il y a probablement eu la prise de conscience qu’il y a vraiment eu des manquements, de vrais manquements. Je pense que c’est ça. En fait, tout le monde se projette en se disant « Mais attends, autour de moi, il y a peut-être des tueurs en puissance. » Le principe d’une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles est défendu par plusieurs politiques, dont la présidente de l’Assemblée nationale.
Qu’en pensez-vous ?
« Cette idée a déjà été évoqué lors des questions au gouvernement. (https://videos.assemblee-nationale.fr/questions-au-gouvernement) Un texte totalement transversal qui touche l’éducation, la société, la justice est une bonne solution. Ce n’est pas seulement en rajoutant une peine supplémentaire que ça va changer quoi que ce soit. Aujourd’hui, on doit tout reprendre, tout mettre à plat. Comment est-ce qu’on évite de se retrouver dans la même situation et que ce type de plainte ne soit pas traité ? Comment faire pour qu’à l’école, tout le monde puisse être en alerte ? Est-ce qu ’il est normal qu’un papa vienne offrir des gâteaux à tout le monde tous les jours ? »
Après l’affaire Lyhanna, lors de la séance des questions au gouvernement du 9 juin 2026, la députée (majorité présidentielle) Laure Miller a dit qu’elle avait honte de l’image que vous donniez, vous les députés ? N’y a-t-il pas un problème entre les députés et les citoyens ?
« Bien sûr qu’elle a raison ! J’ai trouvé que c’était bien joué sur le plan politique et médiatique. C’est une posture. Mais les questions au gouvernement, c’est toujours comme ça. Chacun y va avec des propositions, des critiques, et cela a été le cas avec l’affaire Lyhanna (https://www.parisnormandie.fr/id724652/article/2026-06-11/affaire-lyhanna-reouverture-dune-enquete-contre-le-pere-de-jerome-b-a) avec des choses assez horribles. C’est assez facile de passer derrière, comme ici, en disant que ce qu’on devrait faire, c’est travailler main dans la main. Nous arrivons à travailler sur plein de sujets ensemble. Quand ça passe dans l’hémicycle, actuellement, et depuis quelques mois, on est sur de la posture. Dans le même texte, en préconisant des mesures plus fermes, vous auriez vu l’opposition gauche-droite. Vous vous faites traiter de facho dès lors que vous mettez des mesures coercitives plus importantes. Et puis inversement, vous vous faites traiter de je-m’en-foutiste, si jamais vous êtes contre. C’est tout le temps des histoires d’image. »
Deux grands textes ont traversé cette législature, celui sur la loi Duplomb et celui sur la fin de vie qui revient en ce début d’été devant vous. Quelle est votre position ?
« Dès qu’une loi touche des valeurs, je n’ai aucune certitude. Je dois beaucoup bosser pour arriver à me faire une opinion. Je n’ai pas voté la loi Duplomb (https://www.paris-normandie.fr/id647426/article/2025-07-21/loi-duplomb-points-de-vue-divergents-de-trois-agriculteurs-normands) en me disant que je n’avais aucun état d’âme. J’ai été sensible aux arguments de la ministre, qui disait qu’on ne peut pas s’arrêter du jour au lendemain, parce que de toute façon, on récupérera deux pays voisins qui n’ont pas les mêmes normes que nous. C’est la même chose, en matière de santé. À ce moment-là, vous interdisez totalement l’arrivée de ces produits. Mais c’est pire. Si on est protecteur, on interdit toute importation de ces produits-là dans notre pays. Et sur la fin de vie, il n’y aura pas beaucoup de changements. La loi sera votée. J’aurais pu la voter si elle avait été plus restrictive. Si elle avait touché la maladie de Charcot, quelques maladies dont on sait que l’issue est irrémédiable, s’il y avait eu plus de barrières mais on n’a pas tout ça. Je ne me sens pas la possibilité d’ouvrir cette boîte de Pandore. »
« Maire reste le mandat numéro un »
Vous avez été maire, conseillère régionale, ministre et enfin députée. Quelle est la fonction la plus excitante ?
« Dans les circonstances actuelles, ce n’est pas le mandat de député le plus excitant par rapport à l’absence de majorité. Même si cela reste passionnant. C’est celui de maire (https://www.paris-normandie.fr/id691100/article/2026-01-22/elections-municipales-2026-en-seine-maritime-et-dans-leure-un-maire-sur-trois-ne) qui reste le mandat numéro un. Je suis une militante à la base et il y a une échéance en 2027. »
Comment allez-vous vous positionner par rapport à la présidentielle ?
« Nous sommes derrière Édouard Philippe. On a un lancement avec le groupe le 5 juillet 2026, avec son premier grand meeting à Paris. On sera tous des porte-parole d’Édouard Philippe dès qu’on prendra la parole. Parfois, la parole du député va au-delà de la parole du chef. Pendant la campagne présidentielle, cela ne sera pas possible. On dira : regardez ce qu’Édouard Philippe pense. »
La répartition par groupe
Parmi les 6 vice-présidents, deux sont issus du bloc central (Marie-Agnès Poussier-Winsback, membre d’Horizons, commission des affaires économiques, et Christophe Blanchet membre des Démocrates, commission de la Défense nationale) ; deux viennent de la France insoumise (Nadège Abomangoli et Clémence Guetté, toutes les deux à la commission des Affaires étrangères) et deux sont issus du Rassemblement national (Sébastien Chenu, commission des Affaires étrangères et Hélène Laporte aux Affaires économiques).
La désignation et l’élection de chaque vice-président se font selon un système de calcul lié au nombre de députés et de points acquis en fonction des différents postes occupés par chaque groupe.
Par Patricia Lionnet, le 24 juin 2026
Lien vers l’article : https://www.paris-normandie.fr/id647426/article/2025-07-21/loi-duplomb-points-de-vue-divergents-de-trois-agriculteurs-normands

