M-A. Poussier-Winsback : « Il faut être rigoureuse car tout va très vite à l’Assemblée »

La députée cauchoise Marie-Agnès Poussier-Winsback est réélue vice-présidente de l’Assemblée Nationale pour cinq mois supplémentaires.

Le Courrier cauchois : Quel bilan faites-vous de cette première année comme vice-présidente de l’Assemblée Nationale ?

Marie-Agnès Poussier-Winsback : C’est une fonction très intéressante. Il faut être très rigoureuse car tout va très vite à l’Assemblée. Par exemple, nous avons commencé à aborder la loi intégrale contre les violences sexuelles. Il y a du débat, mais ça se passe bien. Il faut surtout être vigilant au temps de parole et à trouver le bon équilibre entre ceux qui sont pour ou contre chaque amendement.

L.C.C : Quelle est la méthode à adopter pour y parvenir ?

M.A.P.W : Les deux principales qualités à avoir, c’est à la fois de la rigueur et de la fermeté, mais aussi une part de sensibilité, voire de psychologie. Quand on fonctionne comme ça, ça se passe plutôt bien. Je n’ai jamais eu de contestation de mes présidences. Il faut faire attention : dans l’hémicycle, ça peut partir très vite…

« Mon rôle est de faire respecter le droit à la parole des députés, tout en faisant respecter le règlement. »

L.C.C : Avez-vous vécu des moments difficiles lors de certains débats ?

M.A.P.W. : Oui, en particulier les débats autour du texte sur le 1er mai. C’était un vendredi matin. Ça a été extrêmement tendu. Moi, je me dois de faire avancer les débats. Mais certains groupes politiques essayaient d’user de toutes les stratagèmes pour retarder les choses : prises de parole rallongée, suspensions de séances demandées plusieurs fois… C’est à vous d’être juste, de présider. Par exemple, les suspensions de séance sont de droit, mais elles sont réglementées en termes de nombres, de durée, par groupe politique. A un moment, vous dites : « c’est cinq minutes », puis « c’est deux minutes ». Et après, vous dites : « non ». Mon rôle est de faire respecter le droit à la parole des députés, tout en faisant respecter le règlement.

L.C.C : L’ambiance est-elle souvent agitée au sein de l’hémicycle ?

M.A.P.W. : On relaie souvent les images des incidents, des esclandres entre députés, la colère d’untel ou untelle, les questions au gouvernement où on attaque les ministres… Parfois, ce sont les députés eux-mêmes qui relaient ces images. Mais la plupart du temps, ça ne passe pas comme ça ! On a un nombre de séances très important, au quotidien. Beaucoup de textes sont discutés et votés sans souci. Même si on ne peut pas nier qu’il y a parfois des tensions fortes, surtout entre le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) qui pointent régulièrement des provocations respectives.

« Il arrive que des choses me choquent dans les prises de parole de mes collègues, mais je ne le montre pas. »

L.C.C : Pensez-vous être moins clivante au perchoir que vos collègues du RN ou de LFI ?

M.A.P.W : Oui, je pense… Il y a des textes où il me semble que c’est bien que ce soit moi au perchoir. Par exemple, lorsqu’on a étudié l’abrogation du « code noir » (un texte du XVIIe siècle lié à l’esclavage qui n’avait jamais été supprimé officiellement du droit français). Il y avait une grande crispation. Sur d’autres débats également, je trouve qu’il y a parfois un émoi qui me paraît disproportionné. Il faut voir, parfois, comment les députés s’en mettent plein la figure (sic)… Il y a des moments, on ne s’écoute plus ; les députés parlent sans être entendus. Et quand vous êtes au perchoir, il faut gérer tout cela, sans partialité.

L.C.C : Et sans laisser paraître son ressenti sur les prises de parole ?

M.A.P.W : Oui, ce qui n’est pas toujours facile. Initialement, je suis quelqu’un d’expressif (rires). J’ai appris à faire attention. Les premières semaines, ça n’était pas si facile. Il arrive que des choses me choquent dans les prises de parole de mes collègues, mais je ne le montre pas. Je n’ai pas le droit.

L.C.C : Sur un plan plus léger, votre première année au perchoir a aussi été marquée par le soir du quart de finale de la Coupe du Monde de football, France – Maroc (2-0)…

M.A.P.W. : Cette journée-là (le 9 juillet), on travaillait très sérieusement sur le narcotrafic. L’après-midi, les groupes politiques s’accusaient de « tumultes » respectifs. Le soir, il était environ 21 h 30, je sentais du flottement. Des députés demandaient la parole, je leur donnais, ils ne réagissaient pas, ça ne s’écoutait pas trop… Quand j’ai demandé ce qu’il se passait, on m’a dit que l’équipe de France avait marqué un, puis deux buts ! J’ai répondu que le tumulte venait du football. Ça a donné lieu à une vidéo virale ! Le fait d’être derrière l’équipe de France n’a pas nui à notre travail. Des députés avaient un œil sur le match. Moi, au perchoir, c’était impossible, je devais être totalement concentrée… et, de toute façon, je n’aime pas le football.

« Chaque fois que l’on aborde certains sujets d’actualité ou de société, il y a des prises de position fortes, voire des polémiques »

L.C.C : Pensez-vous que les prochains mois jusqu’aux élections présidentielles risquent d’être plus animés à l’Assemblée ?

M.A.P.W. : Assurément… Notamment au moment du vote du budget et sur d’autres textes. Chaque groupe politique voudra montrer ses marqueurs. On peut aussi craindre que certains souhaitent créer des incidents et des images à relayer. Chaque fois que l’on aborde certains sujets d’actualité ou de société, il y a des prises de position fortes, voire des polémiques. De toute façon, depuis 2024 (les dernières élections législatives), je n’ai jamais connu de situation mièvre à l’Assemblée…

L.C.C : Cela signifie-t-il que le fond prend le dessus sur la forme dans les débats ?

M.A.P.W. : On ne peut pas dire que ce n’est que d’aujourd’hui que les députés ne savent pas se tenir, que ça remue trop… Il faut se remémorer les grands débats parlementaires passés ; par exemple à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, ne serait-ce que sur la laïcité et la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’examen a mis deux ans à aboutir à une loi, avec des prises de position d’une violence extrême ! Aujourd’hui, on veut que tout aille très vite. Pour le projet de loi Veil dépénalisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), en novembre 1974, les échanges étaient vraiment rudes (la loi a été adoptée en décembre 1974 et promulguée en janvier 1975, NDLR). Et aujourd’hui, quand on dit que ça se « passe bien », il ne faut pas non plus croire que nous sommes tous copains ! Les différents groupes politiques échangent, débattent ; sans être complices. Qu’importe le sujet et ce qu’il suscite, le vice-président doit veiller à une organisation des débats qui soit rigoureuse.

Propos recueillis par Charles Turcant

Une réélection sous un format exceptionnel

Mardi 29 septembre, Marie-Agnès Poussier-Winsback a officiellement été réélue vice-présidente de l’Assemblée Nationale. Cette année, le vote a exceptionnellement été plus pratique que l’habituel format d’élection sur deux jours prévu par la législation.

Cinq mois de plus

Si l’actuelle présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a été élue pour cinq ans, le bureau doit, lui, être revu chaque année. Il regroupe les vice-présidents, les questeurs (en charge des finances) et les secrétaires. En juillet dernier, dans un contexte politique d’autant plus tendu, la présidence parlementaire a proposé de garder le même bureau pour cinq mois supplémentaires, jusqu’en février. Soit juste avant les élections présidentielles des 18 avril et 2 mai 2027.

Un équilibre entre les blocs

L’accord a été validé par les différents groupes politiques, avec un équilibre entre chaque gros bloc. Chacun compte deux vice-présidents : Nadège Abomangoli et Clémence Guetté pour LFI, Hélène Laporte et Sébastien Chenu pour le RN, Christophe Blanchet (Les Démocrates) et Marie-Agnès Poussier-Winsback (Horizons) pour le bloc central. Les six sont amenés à présider des séances à l’Assemblée Nationale à la place de Yaël Braun-Pivet. En effet, des séances ont lieu quotidiennement au Palais Bourbon.

Le Courrier Cauchois — 9 octobre 2026, pages 66 et 67.